Visa et culture franco-russe avec le Consul Général de Russie

Vous allez être surpris car on est bien loin des diplomates “smoking/champagne” de James Bond !

En direct et sans langue de bois, j’ai interviewé le Consul Général de la Fédération de Russie,Valery Borisovitch Levitskiy.

Un des plus hauts diplomates russes en France.

On a parlé :

  • de la manière exacte de faire votre visa
    pour vous éviter des sueurs froides
     
  • du rôle exact d’un Consul Général
    (qui va bien au-delà de délivrer des visas)
     
  • des relations franco-russes et de
    l’enthousiasme des Français pour la Russie
     
  • de la langue française et de la culture russe
    (et de ce qui plaît tant aux Russes en France)

Transcription écrite de la vidéo:

Adrien
Bonjour, Monsieur le Consul. Je vous remercie chaleureusement de m’accorder cette interview. Je sais que votre agenda est bien rempli. Je me présente rapidement. Je m’appelle Adrien Jourdan. J’ai découvert la Russie fin 2011. J’y ai habité deux ans, un an à Moscou, un à Saint-Pétersbourg. J’ai vraiment aimé ce pays, j’ai adoré cette langue. J’ai eu envie de partager la culture russe et la langue russe sur un site, parce que c’est le moyen le plus facile aujourd’hui pour communiquer une passion. J’ai donc créé le site russe-facile.fr. Il y a aujourd’hui 1500 abonnés et 10 000 lecteurs par mois qui viennent pour apprendre le russe plus facilement.

Dans cette interview, j’aurais souhaité dans une première partie vous poser quelques questions sur votre parcours et sur la France, et dans une seconde partie j’aurais aimé que vous répondiez, si possible, à deux questions que me posent souvent les lecteurs, que j’ai sélectionnées pour vous et qui traitent notamment des visas pour aller en Russie.

M. le Consul général
Bonjour Adrien. Tout d’abord, je vous remercie de la possibilité de vous voir et de répondre à vos questions qui sont non seulement destinées pour vous, mais également à vos abonnés. Je suis prêt à répondre à toutes vos questions.

Adrien
Spassibo vam bolchoe. Première question que j’aurais souhaité vous poser, c’est : est-ce que vous pouvez nous dire comment vous avez appris le français ?

M. le Consul général
En 1991, à l’âge de 28 ans, je suis entré à l’académie diplomatique à Moscou. Il y a deux établissements principaux en Russie où on étudie la diplomatie. C’est à l’Institut des relations internationales à Moscou, le fameux MGIMO et l’académie diplomatique. Pendant trois ans, je faisais mes études à cette académie en étudiant la langue française, mais aussi la langue anglaise comme deuxième langue.

Adrien
Ça, c’était au début des années 90 ?

M. le Consul général
Oui, c’était juste après la chute de l’Union soviétique.

Adrien
Pourquoi avez-vous choisi le français en première langue ? Pourquoi pas l’anglais ou même l’allemand ?

M. le Consul général
En réalité, en entrant à l’académie diplomatique, j’ai exprimé mon souhait d’étudier des langues européennes. Mais, je n’avais pas de choix plus précis. Quand je suis arrivé pour faire mes études, on m’a dit : votre choix est le français et l’anglais.

Adrien
Est-ce que vous vous souvenez de la première fois que vous êtes venu en France ? Est-ce que vous avez un souvenir, quelque chose qui vous a marqué particulièrement ?

M. le Consul général
Oui bien sûr je me souviens de cette journée. C’était le 5 décembre 1995. Je suis arrivé à Marseille pour travailler au Consulat général de Russie. Quand je suis parti de Moscou en avion, le ciel était couvert, avec des nuages depuis quelques semaines. Et en arrivant à Marseille, j’ai vu le soleil brillant. C’était ma première impression.

Adrien
Est-ce que vous pourriez nous dire, s’il vous plaît, spontanément pour vous quelle est la plus grosse différence culturelle entre les Français et les Russes ?

M. le Consul général
C’est la cuisine, la gastronomie.

Adrien
La cuisine russe est bien aussi ou qu’est-ce que vous voyez comme différence ?

M. le Consul général
La cuisine française est plus riche, plus sophistiquée, plus intéressante.

Adrien
Une question maintenant un peu plus économique, un peu moins culturelle. Quand je suis allé en Russie, je me suis aperçu que certains pays arrivent à tisser des liens économiques beaucoup plus importants avec la Russie, notamment les Allemands. Je me demandais si ce n’était pas une question de culture au final, puisqu’il y a une grosse différence entre la culture française et la culture russe. Est-ce que ce n’est pas une question de culture, de façon de faire, une question d’organisation ? À votre avis, ça peut venir d’où le fait que des pays comme les Allemands, donc la culture allemande, vont mieux réussir en Russie dans les affaires que les Français ?

M. le Consul général
Il est difficile pour moi de répondre à cette question parce que je ne suis pas un homme d’affaires. Mais il me paraît que les Allemands sont plus dynamiques en matière de négociation de contrats.

Adrien
Peut-être plus rapides, plus réactifs ?

M. le Consul général
À mon avis, les Allemands sont plus réactifs. Par contre, des liens économiques entre la France et la Russie sont plus basés qu’entre la Russie et l’Allemagne. Si nous avons des relations avec une société française, alors c’est pour longtemps tandis que s’il existe des liens entre des sociétés russes et allemandes, c’est pour la durée du contrat et après on verra.

Adrien
C’est très intéressant. Pour faire des affaires en Russie, il faut y aller bien évidemment. Ça paraît basique, mais il faut se rendre dans le pays pour mieux le connaître et donc il faut faire un visa. J’ai vu que depuis deux ou trois ans, la Russie a ouvert des centres de visa. Il y en a un à Strasbourg où vous êtes basé actuellement – puisque vous êtes le Consul général de Strasbourg – à Marseille et à Paris. Avant, on allait faire son visa, si je me souviens bien, au Consulat et à l’Ambassade. Pourquoi la Russie a souhaité ouvrir des centres de visa ?

M. le Consul général
En 2005 ou 2006, la Russie et l’Union européenne ont conclu un accord sur les visas et cet accord prévoit la création des centres de visa qui n’appartiennent pas à l’État, mais qui sont des sociétés privées qui servent à faciliter les procédures. Des centres de visa existent aussi en Russie.

Adrien
Pour les Russes qui veulent aller en France ?

M. le Consul général
Tout à fait.

Adrien
À chaque fois, il y a une réciprocité.

M. le Consul général
Oui. Vous savez qu’en matière de visa, on applique toujours le principe de la réciprocité. Par exemple, la Grande-Bretagne a refusé de signer cet accord. Il n’existe donc pas de centres de visa britanniques en Russie et russes en Grande-Bretagne. On fait des visas aux services consulaires auprès des ambassades.

Adrien
Comme avant en France.

M. le Consul général
Comme avant.

Adrien
Les visas sont une source d’angoisse permanente pour les Français qui doivent aller en Russie. J’ai souvent des questions de la part des lecteurs et j’en ai sélectionné deux pour vous, pour démystifier la procédure du visa puisque, moi-même en en ayant fait une dizaine, il n’y a absolument aucun souci si on suit bien la procédure.

J’ai sélectionné pour vous deux questions.

Je me permets de lire la question de Monique qui dit : « Mon fils travaille pour une entreprise française implantée en Russie dans le secteur de la grande distribution. Est-ce que si je suis bien la procédure d’obtention du visa, je vais obtenir mon visa automatiquement ? ». C’est la première fois qu’elle va en Russie. Est-ce que les visas sont délivrés automatiquement et est-ce qu’il y a une différence de traitement si elle passe par une agence ou si elle le fait elle-même au centre de visa ?

M. le Consul général
Je vois plusieurs questions et je vais y répondre. Il n’y a pas d’automatisme. Le fils de cette dame peut établir une invitation pour que sa mère puisse venir en Russie. Cette dame peut venir soit au centre de visa, soit au service consulaire auprès de l’ambassade ou au Consulat général. Les centres de visa travaillent avec des sociétés touristiques pour établir des visas touristiques, mais aussi avec des agences touristiques. Les services consulaires auprès de l’ambassade ou du Consulat général établissent aussi des visas, mais pour des voyages officiels en Russie, des fonctionnaires d’État, ou des fonctionnaires des organisations internationales, les membres de la famille des gens qui travaillent en Russie. Cette dame peut venir.

En ce qui concerne la différence entre le centre de visa et l’agence, pas de différence sauf que les gens qui s’adressent aux agences doivent payer encore plus parce que les agences de voyage appliquent leur tarif pour leur service de visa.

Adrien
Et une question supplémentaire que Monique a laissée : est-ce que ça va vite pour faire un visa ? Combien de temps ça prend de manière générale ?

M. le Consul général
De manière générale, ça prend deux à trois jours. Les centres de visa accueillent les dossiers, ils les traitent, les envoient au Consulat général et c’est le Consulat général qui prend la décision de délivrer ou non le visa.

Adrien
Une deuxième question de Jacqueline, un peu plus générale, qui n’a rien à voir avec les visas cette fois. Elle nous dit : « Si vous aviez une baguette magique pour faire évoluer les relations franco-russes, qu’est-ce que vous feriez, qu’est-ce que vous ne feriez pas ? »

M. le Consul général
Je suis un réaliste. Je ne crois pas à une baguette magique. Pour répondre à la question de Jacqueline, je pourrais répondre comme ça : il faut que les Français apprennent le russe et les Russes le français. Ça va aider à se comprendre et à développer des relations en matière économique, scientifique, universitaire, culturelle, dans tous les domaines.

Adrien
Je me permets de rajouter une dernière question si possible : est-ce que vous pensez que les Français ont aujourd’hui une bonne connaissance des Russes, de la culture russe, de la Russie ou plutôt il y aurait une certaine méconnaissance qui fait qu’il y a des stéréotypes qui peuvent nuire aux relations ?

M. le Consul général
Comme diplomate, je ne suis pas en position de donner une appréciation des Français. Chaque mois, j’organise au moins un événement au Consulat général, un événement culturel et à chaque fois je dois clôturer la liste des invités longtemps avant la date de cet événement. C’est-à-dire qu’il y a un grand intérêt des Français pour apprendre la culture russe.

Adrien
C’est plutôt une très bonne nouvelle pour nos deux pays. Je voudrais clore cette interview, puisque vous me permettez de faire une transition parfaite, sur une question toute simple : pourriez-vous nous expliquer en quoi consiste votre travail de Consul général de la Russie à Strasbourg ? En quoi consiste votre activité ?

M. le Consul général
Tout le monde pense que les Consulats généraux sont destinés à délivrer des visas. En réalité, c’est une partie importante, mais très faible du travail. Le Consulat général doit défendre les droits des personnes physiques et morales russes qui se trouvent dans sa circonscription consulaire. Si un Russe est arrêté et demande une aide consulaire, le Consul doit venir l’aider et vérifier si les droits de cette personne sont respectés ou non.

En plus, le travail principal du Consulat est de nouer du lien économique, universitaire, culturel, scientifique. Par exemple, au mois de janvier, j’ai donné une conférence sur les zones économiques spéciales en Russie, en présence d’une quarantaine de personnes qui représentaient des sociétés, des organismes d’État, des chambres de commerce et de l’industrie.

Comme j’ai déjà mentionné, le Consul organise des événements culturels. On mène aussi de grands travaux mémoriaux parce que des soldats russes combattaient des Allemands en France pendant la Première Guerre mondiale, et la Deuxième Guerre mondiale. Sur ma circonscription consulaire se trouvent plus de 4000 sépultures de soldats russes de la Grande Guerre, mais aussi une dizaine de milliers de ceux qui ont péri pendant la Deuxième Guerre mondiale en France.

Adrien
Je vous remercie chaleureusement, M. le Consul. J’en profite pour souligner la modernité des diplomates russes puisque cette conversation a lieu par Skype. Je pense que cette source de modernité pourra être une source d’inspiration pour la classe politique française. Une nouvelle fois merci à vous. Je vous souhaite une bonne fin de journée, M. le Consul. Est-ce que vous voudriez ajouter quelque chose pour conclure cette interview ?

M. le Consul général
Je vous souhaite aussi une excellente journée et je suis prêt à répondre à vos questions dans quelques mois par exemple.

Adrien
Avec grand plaisir. Je suis sûr que beaucoup de lecteurs vont se manifester et qui vont nous envoyer des questions. On fera un second épisode. Merci à vous, M. le Consul.

M. le Consul général
Je vous en prie. Au revoir.

Adrien
Au revoir.

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